Entretien avec Claire Anterea, militante contre le changement climatique

Pouvez-vous vous présenter ? Quel rôle jouez-vous dans la lutte contre le changement climatique ?

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Mme Claire Anterea

Mon nom est Claire Anterea. Je fais partie du Pacific Calling Partnership, et suis membre du Kiribati Climate Action Network et de Caritas Kiribati.

Je viens de Kiribati, que l’on prononce « ki-ri-bas ». C’est une république indépendante qui regroupe 33 petits atolls, dont 28 d’entre eux sont inhabités. Elle est située au croisement de l’Equateur et de la ligne de changement de date, approximativement à mi-chemin entre l’Australie et Hawaii. La plupart des atolls de Kiribati sont situés à moins de trois mètres au dessus du niveau de la mer, et sont très vulnérables aux changements de ce niveau, ou aux montées dues aux ondes de tempête.

Le rôle que je joue dans ma communauté et en tant que citoyenne de Kiribati est de me battre contre le changement climatique et d’aider mon people à comprendre les menaces que le changement climatique représente pour notre petit pays, mais également de faire entendre la voix de mon peuple à la communauté internationale et ses leaders ; une voix réclamant la Justice au regard du changement climatique.

Je travaille avec des jeunes qui ont les mêmes inquiétudes que moi, et qui veulent lutter contre le changement climatique. Grâce à des ateliers sur ce sujet dans les îles extérieures nous donnons un contexte simple au changement climatique, pour que les gens puissent le comprendre, et comprendre comment s’adapter à ce changement. Notre travail dans ces îles est important puisque c’est là que la connaissance du sujet et la prise de conscience sont les plus nécessaires.

Pouvez-vous décrire comment le changement climatique affecte la vie quotidienne des habitants de Kiribati ?

A Kiribati nous obtenons notre eau d’une mince nappe phréatique située seulement quelques mètres sous la surface. Cette nappe est très vulnérable à la pollution, à la fois de l’eau salée et d’origine humaine, et aux changements climatiques. Notre nappe phréatique est très mince et beaucoup de gens en dépendent pour leurs besoins quotidiens en eau. Et avec des marées de plus en plus hautes, l’eau salée l’affecte gravement. Dans le futur, cela pourrait signifier que nos ressources en eau douce sont de plus en plus précaires, et je m’inquiète souvent des conséquences pour le futur de nos enfants et petits-enfants. Nos problèmes sont donc nombreux : l’érosion des sols dus à la hausse du niveau de l’océan, les inondations d’eau salée endommageant la végétation et les réserves d’eau douce, et les nouveaux phénomènes météorologiques qui apparaissent, tels que les ondes de tempête, les sécheresses et les inondations.

Nos ressources en eau potable sont limitées à l’eau puisée et à l’eau de pluie. La collecte des eaux de pluie a beaucoup de potentiel ici. Récupérer les eaux de pluie pourrait nous fournir des eaux potables en temps de sécheresse. Mais le problème est que tout le monde ne peut pas se permettre d’acheter des réservoirs d’eaux de pluie, et le gouvernement n’a pas les financements nécessaires pour en fournir à toutes les îles habitées.

Actuellement, nous sommes touchées par une sécheresse sévère. Début 2011, nous avons subi le passage de La Nina, qui nous a fait manquer une saison des pluies entière, beaucoup de gens n’ont pas eu une goutte de pluie depuis des mois. Cela a affecté nos réserves d’eau potable. Laissez-moi vous donner un exemple des effets du changement climatique que j’ai moi-même pu constater au cours de notre travail dans les îles extérieures. En avril 2011, nous avons visité Makin, une des îles les plus septentrionales de Kiribati, connue pour l’abondance de ses pluies. Cependant, quand nous sommes arrivés, les communautés locales avaient subies une sécheresse prolongée. Leurs puits étaient à sec, et les habitants s’étaient retrouvés forcés de collecter l’eau potable des trous de bwabwai. Bwabai désigne ce qu’on appelle communément « taro », qui est une de nos rares cultures, qui est cultivé dans des trous creusés jusqu’à la surface des nappes phréatiques. L’eau du trou était jaunâtre et gravement polluée par les produits chimiques utilisés pour faire pousser le bwabwai. Mais les habitants de Makin n’avaient pas d’autres choix que d’utiliser cette eau.

Vous essayer de créer une prise de conscience du problème du changement climatique. Quels sont les obstacles principaux que vous rencontrez dans ce combat ?

Malheureusement, je rencontre de nombreux obstacles dans ma lutte contre le changement climatique. Les îles de mon pays, comme je l’ai dit, sont réparties sur une superficie de 3.5 millions de km², ce qui rend très difficile et chronophage la diffusion de notre message à la population. Les transports ici à Kiribati manquent cruellement de fiabilité donc il est difficile de se déplacer pour communiquer sur le sujet.

Dans les Eglises, la plupart des leaders sont réticents à croire au changement climatique parce que leur foi est basée sur la promesse de Dieu à Noé. Dieu à promis à Noé qu’il n’y aurait pas d’autres inondations. La religion est très importante pour le peuple de Kiribati, donc ils sont déchirés entre les effets du changement climatique qu’ils observent dans leur environnement et le message reçus de leurs leaders spirituels.

Convaincre les Eglises de travailler avec nous sur la question du changement climatique est extrêmement difficile. Les jeunes avec qui je travaille et moi-même avons été critiqués par l’Eglise parce que nous organisions des ateliers sur le changement climatique. C’est une situation délicate, puisque nous ne voulons offenser la foi de personne. Néanmoins, j’essaye de garder une attitude positive, et de me dire que ces obstacles me rendent encore plus déterminée dans mes efforts à faire de mon mieux pour faire prendre conscience à mon peuple.

Quels sont les défis principaux rencontrés par les Iles du Pacifique ?

Les défis principaux pour les Iles du Pacifique en ce moment sont la hausse du niveau de la mer et ses effets sur les communautés et leur mode de vie. De plus, le climat et de plus en plus imprévisible, parfois trop de pluie détruit les habitations et les infrastructures, et parfois trop peu de pluie altère les modes de vies et menace les ressources en eaux.

Quels sont les actions principales qui devraient être prises, à la fois à court et long terme ?

Sur le court terme, il faut faciliter les projets de management des risques en profondeur pour assurer la sécurité des communautés.
Sur le long terme, il est nécessaire qu’il y ait une compréhension internationale de la gravité de la situation, mais surtout, des aides doivent être apportées à ceux qui en ont besoin.

Au cours d’une conférence à l’Université du Pacifique Sud à Suva, le Président de Kiribati, l’Honorable Anote Tong a déclaré que le déplacement de la population était une des solutions envisagées. Pensez vous que c’est une solution inevitable sur le long terme, ou existe-t-il toujours un espoir pour le people de Kiribati de sauvegarder leurs terres ?

Si vous êtes familiers avec l’histoire des Etats du Pacifique, vous savez que les déplacements ont toujours été une part importante de cette histoire. Je crois qu’à l’avenir, les mouvements de populations continueront, indépendamment du changement climatique.

Pour moi, notre futur est dans notre propre pays, Kiribati. C’est là que notre culture, nos ancêtres et notre histoire sont enracinés. Mais nous avons besoin d’aide pour imaginer des solutions nouvelles et innovantes pour vivre sur des petites îles affectées par le changement climatique, et c’est pour ça que nous demandons l’assistance de la communauté internationale. Cependant, nous devons être réalistes, et malheureusement, il est possible que dans le futur, ces îles ne conviendront plus à maintenir une vie culturelle, sociale et politique. Si les conséquences du réchauffement climatiques devaient être d’une gravité telle que la population ne puisse rester dans son foyer, j’espère sincèrement que les Etats, en particulier de la région, travailleront ensemble pour créer une solution durable et décente pour aider le peuple de Kiribati.

Dernière modification : 16/08/2011

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