Histoire des Iles Fidji

- Avant l’arrivée des Européens...

Selon la tradition orale et les découvertes archéologiques, les confédérations tribales de l’archipel fidjien, peuplé à partir du second millénaire avant J-C, entretenaient des relations hostiles. Les conflits s’étendaient jusqu’aux populations de la Nouvelle-Calédonie, de Vanuatu et de Tonga. Produisant un surplus agricole suffisamment important dès le XIIème siècle de notre ère, l’économie de subsistance favorisa certaines activités spécialisées comme l’artisanat et la construction nautique. La grande pirogue double facilita les échanges inter insulaires autant que les expéditions guerrières. Des cérémonies d’échange (solevu) étaient organisées en diverses occasions et rassemblaient des centaines de commerçants issus de l’archipel comme les îles avoisinantes. D’essence guerrière, religieuse et à transmission héréditaire, la chefferie fidjienne s’exerçait sur des confédérations (vanua) de groupes claniques ou tribaux (yasuva) composés de sous-clans patrilinéaires (mataqali). Les vanua étaient en rivalité les unes avec les autres. Certaines d’entre elles parvinrent à étendre leur suprématie pour former de larges entités politiques intégrées tant au plan linguistique que culturel. On reconnaît généralement deux principaux groupes dialectaux aux Fidji, le dialecte occidental et le dialecte oriental de Bau qui est devenue la langue officielle des Fidji par suite du fait que c’est dans cette langue que fut traduite la Bible au XIXéme siècle.

- Des premiers missionaires à la colonie britannique

L’implantation de commerçants et de missionnaires européens et américains dans la première moitié du XIXème siècle favorisa lentement l’unification politique de l’archipel. Les plus grands chefs s’efforcèrent par leur conversion au christianisme d’obtenir le soutien des commandants de navires de passage dans l’archipel ou des armes à feu des divers trafiquants à la recherche de bois de santal ou de bêche-de-mer destinés aux marchés asiatiques. En 1860, deux grands chefs rivalisaient entre eux pour la suprématie sur l’archipel. Le premier, Ratu Sera Cakobau exerçait un pouvoir étendu sur la partie occidentale des Fidji, l’autre, le prince tongien Ma’afu dominait le groupe des îles Lau. L’intervention des autorités consulaires tant américaines qu’européennes installées dans l’archipel pour régenter les comportements des colons australiens, néo-zélandais ou américains (plus de 2000 en 1870) et de prévenir les prises de possession coloniale, aboutit finalement à l’annexion des Fidji par l’empire britannique. Par l’acte de cession, signé par les treize grands chefs de l’archipel, le 10 octobre 1874, les Fidji devinrent une colonie britannique. Sir Arthur Gordon en fut le premier gouverneur.

- Le "indenture system"

En 1878 suite à la décision d’introduire la culture de la canne à sucre et de ne pas recourir à la main d’œuvre locale pour ne pas détruire le mode de vie communautaire des indigènes, Sir Arthur Gordon décida de recruter des ouvriers agricoles indiens sur la base de contrats à durée déterminée (indenture system). Ce système mis en œuvre avec succès par les britanniques en Afrique du Sud, à Trinidad, en Guyana et à l’île Maurice et que Sir Gordon connaissait bien pour avoir été en poste dans deux de ces pays, fut pratiqué en accord avec les autorités indiennes jusqu’en 1916. A cette date, ils étaient plus de 60 000 à travailler dans les plantations.

- De l’indépendance à la constitution de 1990

A la suite de la conférence constitutionnelle de Londres, les Iles Fidji accédèrent à l’indépendance le 10 octobre 1970. Leur admission comme membre des Nations Unies intervint le 13 du même mois. On notera que la constitution adoptée alors prenait en compte les intérêts de tous les groupes ethniques et la reconnaissance de leurs droits garantis par un système électoral complexe, tout en tenant compte de la question foncière, capitale aux yeux des Fidjiens de souche. Elle consacrait à cet égard un régime discriminatoire à l’égard de la communauté indienne afin d’assurer aux indigènes la garantie de leurs droits coutumiers en matière foncière. Ce système, élaboré par des juristes britanniques, ne pouvait fonctionner, et l’avenir le montrera, que dans la mesure où était maintenue la suprématie politique de la composante fidjienne.
Entre 1970 et 1987, les Fidji représentèrent un exemple de décolonisation réussie avec un gouvernement stable dirigé par Ratu Kamisese Mara, président du parti de l’Alliance. Or, l’année 1987 va remettre en cause cette réussite avec la défaite de Ratu Mara et du parti de l’Alliance aux élections législatives du 12 avril et l’accession au pouvoir de la coalition FLP/NFP menée par le Dr Timoci Bavadra. Refusant le verdict des urnes qui, selon lui, donnait la suprématie aux Indiens, le lieutenant-colonel Rabuka organisa la même année deux coups d’Etat et s’arrogea les pleins pouvoirs. La république fut proclamée le 7 octobre 1987 et le gouverneur général, Sir Ratu Penaia Ganilau, fut démis de ses fonctions. Peu après les Fidji furent exclues du Commonwealth.Le 25 juillet 1990, une nouvelle constitution fut promulguée donnant une place prépondérante aux Fidjiens de souche. En 1992, après la victoire de son parti le SVT, aux élections, M. Rabuka devint Premier ministre. Deux ans plus tard, en 1994, il est à nouveau réélu.

- De la constitution de 1997 à nos jours

En 1997, le parlement adopta une nouvelle constitution prévoyant notamment la formation d’un gouvernement multipartite. La même année les Fidji reprirent place au sein du Commonwealth. Aux élections de 1999, le Parti SVT perdit les élections et pour la première fois de son histoire un Indo-fidjien fut nommé Premier ministre en la personne de M. Mahendra Chaudhry, leader du parti travailliste. Un an plus tard, le 19 mai 2000, le gouvernement fut renversé par un coup d’Etat organisé par George Speight au nom de la défense des indigènes.
Le commandant en chef de l’Armée, le Contre-amiral Frank Bainimarama décréte la loi martiale et le couvre feu sur l’île. Des négociations se tiennent entre Speight et Bainimarama pour mettre fin à la prise d’otages qui se tient au Parlement. Le Président Ratu Mara et le Premier Ministre Chaundry sont « démissionnaires » et remplacés respectivement par Josefa Iloili et Laisena Qarase. Les choses vont se stabiliser avec l’arrestation de Speight et de ses sympathisants par l’Armée.

En Août 2001 des élections législatives sont organisées sous haute surveillance militaire et internationale. Laisena Qarase est nommé Premier Ministre grâce à une majorité confortable, mais celui-ci refuse d’incorporer des Indo-Fidjiens dans son gouvernement contrairement à l’esprit de la Constitution de 1997. Laisenia Qarase, élu par voie démocratique en 2001 fut ensuite réélu en 2006 où, à l’issue d’un coup d’Etat, Qarase fut remplacé par Frank Bainimarama (celui-là même qui avait livré le pouvoir aux mains des civils en 2000) qui lui reprochait d’attiser les tensions entre communautés par l’utilisation de discrimination positive, la tolérance de comportements racistes au gouvernement à l’encontre des indo-fidjiens mais aussi sa corruption.

Bainimarama fut élu en 2014 à la suite d’élections reconnues par la communauté internationale, et l’archipel a pu être pleinement réintégré dans le « concert des nations ».

- Les évènements historiques.

1500 avant J-C : Peuplement des Lapita

1643 : Première reconnaissance de l’archipel par Abel Tasman (hollandais).

1774 : Première visite du Capitaine James Cook.

1830 : Premier établissement de comptoirs européens et américains à Levuka

1854 : Installation d’une mission des fréres maristes français.

1874 : Signature de l’acte de cession ("Deed of Cession") des Fidji à la couronne britannique.

1879 : Arrivée des premiers indiens sous contrat dans les plantations de canne à sucre.

10 octobre 1970 : Accession à l’Indépendance aprés 96 années d’administration coloniale.

1987 : Victoire électorale de la coalition FLP-NFP

1987 :
14 mai, coup d’Etat
25 septembre, 2e coup d’Etat
7 octobre, proclamation de la République
15 octobre, exclusion du Commonwealth

25 juillet 1990 : Promulgation de la nouvelle Constitution par le Président Ratu Ganilau.

1992 : Premières élections législatives sous la nouvelle Constitution. Victoire électorale du SVT mené par M. Rabuka, nommé Premier Ministre.

1994 : Nouvelles élections législatives. M. Rabuka est à nouveau nommé Premier Ministre grace à la victoire de son parti.

1997 : A l’unanimité, le Parlement adopte une nouvelle constitution incluant une Déclaration des Droits et la formation d’un gouvernement multipartite. Fidji est réadmis au sein du Commonwealth.

mai 1999 : Victoire électorale du Labour Party. Un gouvernement de coalition FLP/FNP dirigé par M. Mahendra Chaudry est mise en place.

19 mai 2000 : Coup d’Etat de George Speight, le PM Chaudry et des membres du Gouvernement sont retenus au Parlement.

14 juillet 2000 : liberation des otages

26 juillet 2000 : arrestation de George Speight

Fin 2000 : mise en place du Gouvernement Laisenia Qarase

août 2001 : Victoire du SDL et nomination de Qarase en tant que Premier Ministre.

2006 : coup d’Etat par Bainimarama

2014 : Bainimarama est élu de manière démocratique et reconnu par la société internationale

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L’équipée sauvage
Article Libération par JB Marongiu (PDF - 63.4 ko)

Dernière modification : 08/05/2016

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