Simon Raiwalui, entraineur du Racing Metro - "A la découverte des rugbymen fidjiens en France"

JPEG - 61.1 ko
Simon Raiwali, juste avant son premier match en tant que manager. Racing-Métro 92 vs Aviron Bayonnais, au Stade Yves-du-Manoir à Colombes. Victoire finale 22-21 pour le Racing, grâce à un essai de Sireli Bobo.
(Photo : Marjolaine Martin)

Simon Vereniki Raiwalui est né le 8 septembre 1974 à Auckland, en Nouvelle-Zélande. Après être allé à l’école en Australie, il s’envole pour l’hémisphère nord en 1997, où il rejoint le club anglais de Saracens, où il jouera pendant 10 ans. En 2007, il s’engage avec le Racing Métro, en France, avec lequel il terminera sa carrière de joueur professionnel, à la fin de la saison 2010-2011. International indiscutable, il comptabilise 43 sélections pour l’équipe nationale des Fidji. Avec ses deux mètres et 130 kilos, il a disputé une Coupe du Monde et 3 Pacific Islanders. Désormais joueur professionnel retraité, Simon Raiwalui reste très actif dans le monde du rugby, puisqu’il entraine les jeunes joueurs du Centre de Formation du Racing Métro 92.

Simon Raiwalui a accepté de répondre aux questions de l’Ambassade de France à Suva pour sa section « A la découverte des Rugbymen Fidjiens en France » !

Découvrez cet entretien exclusif ci-dessous !

PNG

Q : Où et quand avez-vous commencé à jouer au rugby ?

R : A cinq ans. On joue tous les jours aux Fidji, et dans le Pacifique. Ma famille habite en Nouvelle Zélande, j’ai commencé à l’école là-bas.

Q : Quand avez-vous décidé de devenir joueur professionnel ?

R : Quand j’ai commencé le rugby à l’école, le rugby professionnel n’existait pas. Le professionnalisme a commencé en 1995, et j’ai arrêté l’école en 96. J’ai joué au rugby toute ma vie. Pas pour l’argent, mais pour l’esprit. Tout le monde joue au rugby. Lorsque le rugby professionnel est arrivé, c’était un bonus d’être payé.

Q : Ensuite, votre partez pour l’Europe, et votre carrière internationale commence, en Angleterre tout d’abord...

R : Oui. Je suis arrivé en 1997. Avant, je jouais aux Fidji. Une opportunité s’est présentée, qui me permettait de partir jouer à l’étranger, tout en restant avec ma femme et mon premier enfant. Je l’ai saisie.

Q : Votre famille vous a donc suivi en Angleterre ?

R : Oui. C’était un bon choix, parce que c’est un bon pays. Et ça aidait financièrement, aussi. C’était une grande chance pour moi. Normalement un joueur de rugby professionnel ne joue au plus au niveau que pendant quelques années. Moi, j’ai joué professionnel pendant 14 ans !

Q : Comment gardez-vous contact avec les Fidji, à partir de votre arrivée en Europe ?

R : Normalement, je devais jouer toute la saison avec mon équipe en Angleterre, mais quand l’équipe de Fidji jouait un match international, j’étais libéré pour aller jouer avec Fidji. J’ai joué pendant 9 ans tous les matchs avec Fidji. Pendant les vacances, il y avait un bloc de quatre test-matchs. C’est difficile pour le club de libérer les joueurs, qu’ils laissent l’équipe pendant la saison, mais on le fait.

Q : Vous avez de la famille dans le Pacifique... Comment gardez-vous contact avec eux ?

R : Ma mère et ma sœur sont en Australie. On se parle beaucoup par Skype. Lorsque je ne joue pas pendant les vacances, j’essaye de rentrer pendant l’été. Je ne suis pas rentré cet été, ça fait longtemps maintenant, c’est difficile, c’est long.

JPEG - 32.8 ko
Simon Raiwalui lors de l’entraînement du Racing Metro à Antony le 20.03.2012
(Photo : Marjolaine Martin)

Q : Pouvez-vous me parler de votre relation avec les autres joueurs fidjiens ?

R : Je suis leur papa (rires). Lorsqu’ils ont un problème, les Fidjiens m’appellent. S’ils ont besoin d’un nouveau contrat, par exemple. Ils m’appellent pour n’importe quel problème ! J’habite à coté de Sireli Bobo… lui aussi aide beaucoup les Fidjiens. Et pas seulement les Fidjiens, mais aussi les Tongiens, les Samoans, etc. Ce sont des pays différents, mais nous avons la même culture : une culture proche, autour de la famille... Pareil pour la Polynésie française, avec ici Mikaele Tuugahala. Il habite aussi à coté. A coté de chez moi, il y a Mika, Sireli Bobo et Johnny Leo’o. Je suis en relation avec beaucoup de Fidjiens. S’ils ont un problème, ils m’appellent.

Q : Quels genres de problèmes ?

R : Pas de gros problèmes. Lorsqu’ils ont besoin d’un endroit où dormir, par exemple. Tous les joueurs qui veulent rentrer aux Fidji passent par Paris, et tout le monde arrive à Paris. Ils doivent partir de l’aéroport Charles de Gaulle. Beaucoup de joueurs restent pour les petites vacances. Ce n’est pas un problème.
Pour les jeunes joueurs, l’arrivée ici est parfois difficile, parce que la culture est complètement différente. Aux Fidji, c’est plus tranquille, on prend le temps…

Q : C’est très différent ?

R : Oui, c’est complètement différent. La nourriture, bien sûr. Et bien d’autres différences culturelles. Le téléphone, par exemple. Quand les joueurs utilisent leur téléphone portable la première fois, ils ne savent pas que lorsqu’on appelle Fidji, c’est cher. Je leur dis qu’il faut qu’ils gèrent leur argent, qu’ils l’économisent... Tout ces petits détails, parce que ici, c’est complètement différent. Il y a beaucoup plus de responsabilités. Avec le rugby professionnel, ils doivent changer d’état d’esprit.

Q : Vous avez grandi en Australie et en Nouvelle-Zélande. Est-ce que vous pensez que ça a été plus facile pour vous, de vous adapter en France, que pour les jeunes qui arrivent directement des Fidji ?

R : Oh oui ! Il y a beaucoup de différences. J’ai été à l’école en Australie. La langue est différente mais c’est le même système qu’en France, avec la famille qui travaille, etc. Pour moi ça n’a pas été difficile. C’est très intéressant, parce que je garde les deux cultures. Pour Pierre (Berbizier, l’entraineur) aussi, c’est intéressant. Lorsqu’il a un problème avec un joueur qui ne comprend pas quelque chose parce-que c’est écrit en français, il m’appelle. C’est ce genre de petits détails. Quand un joueur devient professionnel, beaucoup de choses changent pour lui, c’est un peu long pour s’adapter. Il y a beaucoup de jeunes joueurs ici, Josh Matavesi, Virimi Vakatawa. Quand on arrive, on a tous les mêmes problèmes, comme la météo, qui est complètement différente ici (en France)… Aussi, tous les joueurs habitaient à coté de la mer. Au début, c’est souvent difficile pour eux, parce qu’ils regardent dehors, et souvent la mer leur manque… Mais après la première saison ça va mieux.

Q : Quelles langues sont utilisées au club ?

R : Avec les Fidjien, normalement, c’est l’anglais. Pour parler rugby, il n’y a pas de problème en français, parce que ça se comprend. Pour moi le français n’est pas facile. Je ne l’ai pas appris à l’école, donc avec les joueurs français ce n’est pas simple. Au Racing c’est un peu différent, parce que c’est une nouvelle équipe avec beaucoup de joueurs étrangers. Pierre (Berbizier, l’entraineur) parle anglais, italien, français... Beaucoup de joueurs parlent anglais, donc la langue la plus utilisée, c’est l’anglais. Maintenant que j’ai commencé cette saison à travailler dans le staff et à parler rugby, mon français progresse davantage.

JPEG - 60.7 ko
Le Racing Métro, club cosmopolite : le fidjien Sireli Bobo, l’argentin Juan Imhoff, l’italien Mirco Bergamasco. Entrainement du 28.02.12 au centre d’entrainement de la Croix de Berny à Anthony.
(Photo : Marjolaine Martin)

Q : Quelle est votre travail maintenant pour le club ?

R : Le centre de formation avec les jeunes. Je suis entraineur de rugby pour le centre de formation. Avec les jeunes c’est une relation similaire avec les joueurs du Pacifique, parce que beaucoup de problèmes sont les même : la mentalité, le professionnalisme, …

Q : Plus généralement, quelle est l’importance du rugby pour un pays comme Fidji ?

R : Aux Fidji, le rugby, ce n’est pas un sport, c’est une culture. On y joue tout le temps, dès l’âge de cinq ans. Ce n’est pas qu’un sport, c’est une culture.

Q : A-t-il un poids économique particulier ?

R : Pour les joueurs, oui, parce qu’ils ont une chance de partir dans un pays plus riche. Mais dans le pays, non, parce qu’il n’y a pas beaucoup d’argent. Ils gardent une bonne équipe de rugby à XV, mais c’est le VII qui est le plus important. Fidji est une des meilleures équipes du monde en VII, cela donne plus de chance d’avoir des sponsors et gagner de l’argent.

Q : Est-ce-qu’un rugbyman fidjien qui jouait en Europe retourne aux Fidji, une fois sa carrière terminée ?

R : Normalement oui, pour la majorité. Certains restent. Le père de Josh (Matavesi) jouait en Angleterre, il s’est marié là-bas avec une femme anglo-saxonne donc il est resté, et Josh est né en Angleterre. De plus en plus de joueurs restent… mais la plupart retourne aux Fidji, car c’est difficile de rester à l’étranger une fois la carrière terminée. Moi je suis resté après avoir fini ma carrière de joueur, parce que j’ai construit beaucoup de relations ici, notamment au sein du club, ce qui m’a donné la chance de pouvoir rester pour travailler ici, en France, alors que je n’ai pas gardé de relations en Australie ou aux Fidji. Peut-être que, plus tard, quand je prendrais ma retraite, je rentrerais. Mais pour le moment je préfère rester ici, pour l’expérience.

Q : Pouvez-vous nous parler des autres joueurs fidjiens du Racing Métro ?

R : Sireli Bobo c’est un grand joueur. Il a 35 ans. Il n’avait pas de problème lorsqu’il est arrivé ici. Cela fait 7 ans qu’il est en France. C’est un grand ami pour moi.

Jone Qovu est arrivé avec Pierre [Berbizier, l’entraineur], en 2007. Au début il ne parlait pas... Il fait 2 mètres et 135kg mais il est très timide. Les premières saisons, quand les joueurs français parlaient avec lui, il se renfermait, il était très timide. Mais maintenant, il a changé, il est plus à l’aise, confiant, il blague avec les joueurs, il parle un peu en français. Il s’est bien intégré.

Albert Vulivuli n’est pas très vieux, il a 26 ans. Avant, il a joué pour Bourgoin. Il vient d’avoir un bébé. Il parle très bien anglais, il parle français aussi. Parfois les Français pensent que les joueurs du Pacifique ne sont pas des gros travailleurs, mais Albert n’est pas comme ça, il travaille beaucoup. Il est très professionnel !

Virimi Vakatawa est arrivé il n’y a même pas deux ans. Il a 19 ans. Quand il est arrivé, il était très mince, il faisait 87kg, très fin, très jeune, avec 17/18 ans et énormément de potentiel. La première fois qu’il arrive dans un tournoi de rugby à 7, il joue tout le tournoi, et au final il se casse la jambe. C’était dur. Il est plus jeune, mais dans la tête, dans l’esprit, c’est un professionnel. Quand on lui demande de travailler, il travaille. Il a pris beaucoup de poids, de muscles, maintenant il est solide. C’est le joueur le plus jeune de l’équipe, avec 19 ans. Si parfois il a des petits problèmes pour comprendre quelque chose, Pierre m’appelle pour lui expliquer. Il a une bonne chance de jouer au plus haut niveau, parce qu’il est très doué.

Josh Matavesi est arrivé ici en joker médical, lorsque, la saison dernière, Benjamin Fall s’est blessé à un genou. Avec Josh, c’est un peu différent parce que sa famille est fidjienne, mais il est aussi anglais puisqu’il a passé son enfance là-bas. Quand il est arrivé ici, Pierre pensait que c’était un fidjien, mais c’est vraiment un « rosbif » (rires). Pierre m’avait demandé si je connaissais un arrière, j’ai pensé à Josh. C’est un joueur avec beaucoup de talent, c’est naturel pour lui, c’est un bon plaqueur, bon avec le ballon... Il est très jeune aussi, 21 ans. Au tout début, à son arrivée, il logeait chez moi. Pour lui, l’adaptation n’a pas été difficile parce que, bien que la langue soit différente entre l’Angleterre et la France, ces deux pays restent relativement similaires.

JPEG - 50.5 ko
Les différents « Pacifiques » : Jonhnny Leo’o et Benjamin Sa, néo-zélandais d’origine samoane, Josh Matavesi, anglo-fidjien, et Sireli Bobo, fidjien. Entrainement du 13.03.12 au centre d’entrainement de la Croix de Berny à Anthony.
(Photo : Marjolaine Martin)

Q : Et à propos d’autres joueurs qui ne sont pas fidjiens ? Les néo-zélandais d’origine samoane, comme Johnny Leo’o, Benjamin Sa ?

R : Pour eux, c’est un peu comme pour moi. Ils gardent de la famille dans le Pacifique, ils sont allés l’école en Nouvelle-Zélande. Ils gardent l’état d’esprit travailleur. Ils ont commencé le rugby vers 5 ans, sont allés à l’école, avec de la discipline, avec de l’esprit.

Q : Et Mikaele Tuugahala, qui vient de Wallis ?

R : C’est possible de parler avec lui. Il est très gentil. C’est un grand ami, pour moi. Il habite à coté de chez moi. Nos enfants grandissent ensemble. Moi j’ai trois enfants, deux garçons et une fille. Mon premier à 14 ans, lui aussi, son premier a 14 ans, ils sont meilleurs amis. On fait beaucoup de barbecue ensemble, quand c’est la saison. Il y a tous les enfants qui viennent, tous ensemble, ils mangent, ils boivent... Dans le Pacifique, en Australie, c’est très important, le groupe, la famille. Ce sont de bons amis pour mon fils. Mika est très gentil. La première fois qu’on le voit, on se dit qu’il est costaud. Avec ses tatouages, il est impressionnant ! Mais il n’est pas comme ça, c’est un très bon mec.

Q : Vous avez parlé de tatouage... Vous avez des tatouages vous-aussi.

R : Oui, sur tout le bras. J’aime beaucoup. J’ai commencé par un petit, puis, au fur et à mesure, j’ai agrandi, encore, encore, encore ! Puis ma femme m’a dit « Tu arrêtes » ! (rires). J’ai écrit le nom de mes enfants. Dans la culture du Pacifique, les tatouages, ça se fait beaucoup, mais les français en font aussi…

Q : …Oui, surtout les rugbymen !

R. : Oui ! Ils font des tatouages du Pacifique ! Pour moi, il n’y a pas vraiment de symbolique particulière. Le tatouage c’est personnel. Quand quelqu’un me regarde, il se dit que je viens du Pacifique, et quand il voit mon tatouage, là, il est sûr (rires).

En savoir plus :

- La fiche de Simon Raiwalui : http://www.racing-metro92.com/Simon_RAIWALUI-54-30.html
- Le site du Racing Métro 92 : http://www.racing-metro92.com
- Les résultats du Top 14 : http://www.lequipe.fr/Rugby/top-14-classement.html

Dernière modification : 12/06/2012

Haut de page